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5 novembre 2026

L’été 2026, un aperçu de l’avenir de l’eau en Valais ?

Temps de lecture

5 minutes

Étude FMV

Jean-Noël Saugy, Markus Schwager,
Pascal Fauchère

L’été exceptionnel que nous venons de vivre préfigure-t-il les conditions hydrologiques auxquelles les communes valaisannes devront s’adapter à l’avenir? La comparaison avec les scénarios climatiques apporte des premiers éléments de réponse. Elle laisse entrevoir des étés présentant des conditions globalement comparables à celles observées cette année, mais avec des écarts importants selon l’altitude et les régions. Une question essentielle se pose dès lors : comment préparer aujourd’hui la gestion de l’eau de demain? Le centre de compétences FMV apporte un éclairage à l’échelle du Valais, fondé sur les données disponibles et une lecture réaliste des évolutions à venir.

Dans son article « Était-ce l’été du futur ? », MétéoSuisse compare les conditions de l’été 2026 à celles d’un été moyen dans un monde plus chaud de 3 °C. Au niveau suisse, cette analyse suggère que l’été que nous venons de vivre, aujourd’hui exceptionnel, pourrait se rapprocher des conditions moyennes futures. Avec une nuance importante : des étés encore plus chauds ou plus secs restent possibles.
FMV a souhaité prolonger cette analyse à l’échelle du Valais pour donner un aperçu régional et concret du changement climatique. Son centre de compétences a ainsi comparé les températures et les précipitations de l’été 2026 avec les scénarios climatiques Climat CH2025, élaborés par MétéoSuisse et l’Ecole polytechniques fédérale de Zurich sous l’égide du National Centre for Climate Services. L’objectif : comprendre à quoi pourrait ressembler un été moyen en Valais dans un climat mondial plus chaud de 3 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Rappelons que ce niveau est envisagé vers la fin du siècle avec les mesures actuellement prévues pour réduire les émissions globales (Comprendre les scénarios climatiques – MétéoSuisse)*.
Pour l’été 2026, l’analyse s’appuie sur les données de MétéoSuisse (Analyses spatiales du climat – MétéoSuisse)**. Construites à partir des mesures et distribuées sur une grille kilométrique, elles permettent d’étudier les contrastes territoriaux au-delà des seules stations météorologiques.

2026, un été proche de la norme future ?

Selon les analyses réalisées par FMV, l’été 2026 présente, à l’échelle du Valais, des conditions proches de celles d’un été moyen dans un monde plus chaud de 3 °C. Cette comparaison révèle toutefois d’importantes différences selon l’altitude et les régions. Du côté des températures, le contraste est marqué. Dans la plaine du Rhône et au fond des vallées latérales, les températures de 2026 se situent dans la fourchette de celles d’un été futur. Dans le Chablais valaisan, elles dépassent même légèrement cette référence, d’environ 0,5 °C.
En altitude, le constat est différent. La quasi-totalité des sommets ont connu des températures inférieures à celles envisagées dans le climat futur, avec des écarts compris entre 1 et 3 °C. La différence est particulièrement marquée dans les massifs du Mont-Rose et des Mischabel (Figure 1 ci-dessous). À l’échelle du canton, l’été 2026 a par ailleurs été environ 10 % plus sec que l’été futur pris comme référence. Mais cette moyenne cache, là encore, de forts contrastes entre les vallées.

Figure 1 : Températures estivales : un été 2026 moins chaud que l’été futur, notamment en montagne.
Différence entre la température moyenne de l’été 2026 et l’été futur pour un réchauffement mondial de +3 °C, exprimée en °C.
Le bleu indique des températures futures inférieures à 2026 ; le rouge, des températures futures supérieures ; le blanc, une situation comparable.

Des précipitations très contrastées selon les régions

Contrairement aux températures, les différences de précipitations entre l’été 2026 et l’été futur ne suivent pas une logique liée à l’altitude. Le Valais central a ainsi connu des précipitations proches de la référence future (Figure 2 ci-dessous). À l’inverse, 2026 a été nettement plus sec dans la vallée de Conches, la région d’Aletsch et le bassin versant des Dranses. Des déficits sont également observés, dans une moindre mesure, dans le Simplon, le Mattertal, la région de Loèche-les-Bains et le Chablais.
Localement, les écarts représentent plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millimètres de précipitations. À titre d’exemple, le déficit moyen atteint 102 mm dans la vallée de Conches (Goms et Obergoms) et 74 mm dans la commune de Val de Bagnes. Rapportés à la superficie des communes, ces écarts représentent respectivement environ 29 millions et 22 millions de m³ d’eau par rapport à l’été futur pris comme référence.

Figure 2 : Précipitations estivales : des différences marquées entre les bassins versants.
Ecart absolu des précipitations cumulées entre l’été 2026 et l’été futur pour un réchauffement mondial de +3 °C, exprimé en mm.
Le rouge indique des précipitations futures inférieures à 2026 ; le bleu, des précipitations futures supérieures ; le blanc, une situation comparable.

Anticiper aujourd’hui la gestion de l’eau de demain

Même si les températures et les précipitations de l’été 2026 présentent des similitudes avec celles d’un été moyen dans un monde à +3 °C, cela ne signifie pas que la quantité d’eau effectivement disponible sera comparable.
D’autres facteurs entrent en jeu : l’évapotranspiration, l’évolution des réserves naturelles, notamment les glaciers, le manteau neigeux et les nappes souterraines, mais aussi celle des usages. La question n’est donc pas uniquement de savoir combien d’eau sera disponible, mais également quand et où elle le sera, et à quels besoins elle répondra.
L’été 2026 offre ainsi un aperçu de certaines conditions auxquelles le Valais pourrait être plus régulièrement confronté à l’avenir. Il montre surtout l’importance d’anticiper. Une gestion coordonnée et multifonctionnelle de l’eau, pensée à l’échelle des bassins versants, doit permettre de mieux sécuriser les ressources, de préserver les milieux naturels et de valoriser durablement l’eau disponible.

FMV en soutien des collectivités

Pour les communes, cette évolution invite à considérer la gestion de l’eau dans son ensemble : protéger la ressource, l’utiliser de manière adaptée et se prémunir contre les dangers liés à l’eau. L’enjeu est de développer des approches multifonctionnelles pensées à l’échelle des bassins versants, une démarche qui s’inscrit dans la stratégie portée par FMV.
FMV accompagne les collectivités valaisannes dans cette réflexion à long terme : comprendre l’évolution de la ressource, identifier les vulnérabilités et préparer des réponses adaptées aux réalités locales. Son centre de compétences réunit des savoir-faire liés à la gestion multifonctionnelle de l’eau et au développement de la force hydraulique. L’objectif est de mettre en relation les évolutions attendues à long terme avec les besoins d’aujourd’hui afin de soutenir les communes dans leurs décisions.
Préparer cette gestion aujourd’hui, c’est renforcer la capacité du territoire à faire face aux changements de demain.

* Pour les scénarios climatiques :Scénarios climatiques Climat CH2025 – MétéoSuisse et ETH Zurich sous l’égide du National Centre for Climate Services. Médiane des différents modèles pour un GWL3.0. Cette valeur est décrite comme la valeur attendue (Comprendre les scénarios climatiques – MétéoSuisse), laquelle se situe dans une plage de valeurs possibles.
** Pour l’été 2026 : Analyses spatiales du climat – MétéoSuisse : RprelimD/RhiresD/RhiresM pour les précipitations et TabsD/TabsM pour les températures. Les données pour le mois d’août sont à l’état préliminaire.

Portée de l’étude et précautions

Les résultats de cette étude doivent être interprétés avec prudence. Le niveau de réchauffement de +3 °C retenu pour le climat futur constitue un scénario de comparaison et non une prévision pour une année précise. Il ne signifie pas non plus que les températures augmenteront uniformément de 3 °C partout en Valais (Niveau de réchauffement global (GWL) – MétéoSuisse). L’été futur considéré dans cette étude représente en outre des conditions moyennes. Il ne décrit pas un été type qui se répéterait chaque année. Des étés plus chauds et plus secs restent possibles et les phénomènes pourront se répartir différemment sur le territoire valaisan.